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Ce jeudi matin, vers 10h00, deux hommes se sont introduits dans le Musée René Magritte à Jette, près de Bruxelles, et y ont dérobé une toile du maître incontesté du surréalisme belge. Ce tableau, Olympia est une huile (60 x 40 cm) peinte en 1948 dans l’atelier de la maison que Magritte habita entre 1930 et 1954 et qui est devenue aujourd’hui le Musée Magritte de Jette. L’accès au musée ne se fait que sur rendez-vous mais, sous la menace d’une arme, les deux malfrats ont réussi à pénétrer pour s’emparer d’Olympia dont la valeur est estimée entre trois et quatre millions d’euros.

Pour autant intrépide qu’il fut, ce vol d’œuvres d’art est loin d’être un cas isolé... Cette activité criminelle est même en augmentation significative depuis le début des années ’90. Sur le site internet de la Gazette Drouot(1), Gérard Sousi, Vice-Président de l’Université Jean Moulin de Lyon 3 et Président d’Art et Droit, avance une tentative d’explication liée à la spéculation croissante du marché de l’art à partir de 1991. Le prix des œuvres d’art est monté en flèche... Cette flambée des prix a entraîné quelques illuminés aussi fortunés que prêts à tout pour posséder des toiles de maîtres ou d’autres objets cataloguer œuvres d’art (ndlr
Qu’est ce qu’une œuvre d’art ? ) à financer le vol de tels biens appartenant au patrimoine culturel de l’humanité.

Voler une œuvre d’art n’est pas le plus difficile dit-on parfois ; le plus ardu serait de s’en débarrasser... Cette assertion n’est plus tout à fait vraie. En effet, Interpol, qui recense plusieurs milliers de vols de ce types depuis des années, s’autorise à penser et à affirmer que la majeure partie des ces larcins prestigieux sont consécutifs à des «commandes». Il existe des bandes organisées et des réseaux spécialisés dans le vol des œuvres d’art et, même s’il reste quelques artisans qui opèrent selon un autre schéma, la méthode la plus classique serait, toujours selon Interpol, la suivante. Une équipe repère les lieux du vol, une deuxième procède au cambriolage proprement dit (ndlr souvent en plein jour et à main armée car cela permet d’éviter le problème du déclenchement de l’alarme générale du bâtiment) et une troisième équipe transporte les œuvres volées hors-frontières soit vers un receleur soit directement vers l’acheteur qui a passé commande... Bien qu’il existe une Convention internationale de l’UNESCO, signée en 1970 et adaptée en 1995, pour harmoniser les législations internationales en matière de vol d’œuvres d’art, cette pratique est facilitée par le laxisme de certains pays en termes de lutte contre ce pillage culturel(2).

Evocation non exhaustive de vols d’œuvres d’art

Le vol commis ce matin à Jette est donc loin d’être une première ou même un événement extraordinaire. On a tous en mémoire le coup qu’ont réalisé des braqueurs à la Fondation Collection E.G. Bührle, à Zurich, en Suisse. En plein jour, ils ont subtilisé, arme au poing, quatre chefs d’œuvre de la prestigieuse collection Bührle, du nom d’un naturaliste suisse, grand mécène culturel.Les coquelicots près de Vétheuilde Monet, le Comte Lepic et ses filles de Degas, Le garçon au gilet rouge de Cézanne et Branche de marronnier en fleur de Van Gogh sont même les œuvres majeures de la collection…. La valeur cumulée de ce carré de tableaux est estimée à quelque 180 millions de francs suisses, soit ± 112 millions d’euros. On se rappelle aussi du vol audacieux du Portrait de Suzanne Bloch, en décembre 2007 au Musée de Sao Paulo au Brésil ou encore celui perpétré au Musée Munch d’Oslo, en août 2004, où deux individus armés avaient dérobé Le Cri et La Madonne, deux chefs d’œuvre d’Eduard Munch. Cette même année 2004, en février, 18 tableaux du peintre figuratif Bernard Buffet - dont La Femme au sein nu, La Rose et L’escalier des Géants - ont été volés dans une galerie du 7è arrondissement de Paris. En juin dernier, tableau de Joseph Lejeune intitulé Paysage à la meule était acheté à l’aide d’un chèque volé. La toile a disparu et le vendeur n’a jamais pu encaisser l’argent, il s’agit donc bien d’un vol en bonne et due forme.

Durant l’automne 2003, ce sont au total 38 galeries d’art qui ont été «visitées» au Québec. La bande organisée qui a procédé à cette razzia aura volé 375 tableaux et, même si les malfaiteurs ont été arrêtés - à l’exception du chef du réseau, un certain Charlie Abitbol connu internationalement dans le milieu du vol d’œuvres d’art - aucune œuvre n’a pu être retrouvée...

Egalement en 2003, la Withworth Gallery de Manchester, en Angleterre, devait déplorer la disparition des trois toiles de maîtres : Les fortifications de Paris, de Vincent Van Gogh, Pauvreté de Pablo Picasso et Paysage haïtien de Paul Gaughin estimées à un montant cumulé de 5,8 millions d’euros... Heureusement, les trois chefs d’œuvres furent retrouvés, quelques jours plus tard, dans des toilettes publiques à 200 mètres de la galerie. Si cette histoire connaît un happy end, la police anglaise révèle que le montant total des œuvres d’art volées sur le sol britannique pour l’année 2003 est estimé par les assurances à 720 millions d’euros...

En 2003 toujours, à Vienne, La Salière de Benvenuto Cellini, « sculpture de table » dorée et émaillée réalisée en 1543 pour François Ier est volée au Kunsthistorisches Museum. Le voleur utilisant l'échafaudage recouvrant le musée pour échapper aux regards. Robert Mang, spécialiste des systèmes d'alarme, a gardé la Salière deux ans sous son lit, avant d'essayer d'en obtenir une rançon. L'objet a été retrouvé en janvier 2006 dans une boîte métallique, dans une forêt autrichienne. Le prix de cette œuvre d’art était estimé à 40 millions d’euros.

Les Pays-Bas aussi connaissent leur lot de vol d’œuvres d’art. En décembre 2002, au Musée Van Gogh d’Amsterdam (sis à deux pas du célèbre Rijksmuseum), deux toiles de l’impressionniste hollandais, Vue de la mer à Scheveningen et L’Eglise de Neunen, disparaissaient la nuit du hall principal du bâtiment. Pour accomplir leur méfait, les cambrioleurs ont juste eu à casser une vitre à l’arrière du musée...

Le Wagner Museum de Lucerne, en Suisse, s’est vu subtilisé, en novembre 2001, un cor de chasse ancien d’une valeur inestimable. Une enquête de la police suisse a permis l’arrestation d’un certain Stéphane Breitwieser, citoyen français, qui avoua alors 98 des 174 vols d’œuvres d’art répertorié jusqu’alors et rien que pour l’année 2001 par Interpol.

Quatre huiles d’Emile Noirot, peintre de l’Ecole française, ont été dérobées, en novembre 2000, à Marcigny, en Bourgogne

Et les plus grands musées n’échappent pas à la règle. Au Louvre, en 1998, un Corot, Le chemin de Sèvres, est subtilisé, en pleine journée du dimanche alors que le musée est bondé, par un quidam qui a disparu avec la toile...

Février 1997, 11 pièces d’orfèvrerie et d’ivoire datant des 16è et 17è siècle sont volées aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire à Bruxelles.

18 mars 1990, six tableaux de Rembrandt, Manet, Flinck et Vermeer, cinq dessins de Degas, un vase et un aigle napoléonien furent dérobés au musée Isabella Stewart Gardner de Boston. L’ensemble des œuvres volées ce jour là est estimé à 500 millions de dollars !

Au Musée des Beaux Arts de Montréal, durant l’année 1972, 18 toiles sont volées dont un Rembrandt estimé alors à 2 millions de dollars...

La cathédrale de Gand fut le théâtre, durant la nuit du 10 au 11 avril 1934, du vol de deux panneaux du triptyque Le Retable de l'Agneau mystique des frères Van Eyck. L'évêque de Gand reçut une demande de rançon d'un million de francs belges et l'un des panneaux fut retrouvé quelques mois plus tard. En novembre 1934, Arsène Goedertier révéla sur sont lit de mort être la seule personne à connaître l'emplacement du second panneau mais il emporta son secret dans la tombe. Le panneau est aujourd'hui remplacé par une copie.

En août 1911, Vincenzo Perrugia se planque dans un placard du Musée du Louvre et, après la fermeture, s’empare de La Joconde (ndlr nettement moins bien protégée qu’aujourd’hui) le plus simplement du monde et sort du musée avec Mona Lisa cachée dans son manteau. L'homme est un Italien nationaliste qui réclame le retour dans son pays d'origine de l'œuvre, apportée pourtant en France par de Vinci lui-même. Longtemps on a cru l’œuvre perdue et le poète Guillaume Apollinaire fut même arrêté pour ce vol car il avait réclamé, peu auparavant, l’incendie du Louvre. Mais, deux ans plus tard, Perrugia tenta de vendre la Joconde au musée des Offices de Florence... avant de passer quelques mois en prison.

Et cetera, et cetera, et cetera... Inutile de pousser plus avant ce relevé des œuvres d’art volées, sans compter les pillages commis chez des particuliers dont chez certains qui n’ont pas pu en faire écho suite à la manière parfois douteuse dont ils avaient eux-mêmes acquis les œuvres qui leur ont été dérobées...

Mais parfois, des œuvres volées réapparaissent de manière à tout le moins bizarre ! Ainsi, une gravure intitulée Le bain des dames réalisée en 1496 par Albrecht est volée dans les années ’30 au Kunsthalle de Brême avant de refaire surface... en 1993 dans un musée en Azerbaïdjan où elle est volée une nouvelles fois deux ans plus tard. La police de New York arrêtera finalement le voleur en 1997 et la gravure regagnera son point de départ en Allemagne. Au début des années ’90, un Chagall, un Rouault et deux Renoir sont volé dans une galerie en France... L’un des deux Renoir sera retrouvé quelques mois plus tard dans... une maison close à Hambourg !

Un constat s’impose pour conclure : aujourd’hui, à travers le monde, le trafic d’œuvres d’art volées est le plus lucratif juste après le trafic de drogue !

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(1)
Gazette Drouot
(2) je crois que l’on ne répétera jamais assez le laxisme politique pour tout ce qui concerne la culture en général et en ce compris la lutte contre le vol des oeuvres d’art qui est loin d’être une priorité pour certains gouvernements européens...

Cet article a été publié pourla première fois en août 2004 et a été adapté à l'actualité
source :
http://www.webzinemaker.com/admi/m14/page.php3?num_web=14557&rubr=4&id=362720
Par : Olivier Moch le 24 Septembre 2009